Canicules, tempêtes, inondations, incendies… Les aléas climatiques sont appelés à se multiplier dans les années à venir et impactent déjà les conditions de travail. Comment les entreprises peuvent-elles protéger leurs salariés et anticiper ces nouvelles contraintes ?
Le Dr Oksenhendler, médecin du travail et en charge de la coordination médicale chez Prévention Santé Travail 35, nous livre son analyse.
- Les fortes chaleurs vont devenir plus fréquentes. Concrètement, dans quels secteurs et quelles situations de travail observez-vous aujourd’hui les premières difficultés ?
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Nous découvrons cet été le nouveau concept de "bouilloire thermique", qui peut concerner des locaux pourtant correctement isolés contre le froid.
Pendant longtemps, les risques liés aux fortes chaleurs étaient principalement associés aux métiers exercés en extérieur et/ou aux travaux physiquement exigeants. Aujourd'hui, ce constat est beaucoup plus large. Tous les secteurs d'activité peuvent être concernés dès lors que les salariés sont exposés à des températures élevées. Une vigilance particulière est nécessaire pour certaines activités générant de la chaleur, comme les industries métallurgiques, les entreprises agro-alimentaires avec transformation et cuisson, les restaurants… et bien d’autres encore, notamment si les locaux sont insuffisamment ventilés.
Des établissements recevant du public fragile comme les établissements de soins et les EHPAD ont la double contrainte du confort des patients/résidents et des soignants.
Les situations peuvent être aggravées lorsque les salariés doivent porter des équipements de protection individuelle qui augmentent la sensation de chaleur et l'effort physique. Les expositions aux produits chimiques sont majorées en cas de produits volatiles et le port des masques est vite inconfortable avec la chaleur.
Les travailleurs isolés constituent également un public particulièrement vulnérable, car les premiers signes de malaise ou d'épuisement peuvent passer inaperçus. Par ailleurs, certaines personnes présentent des facteurs de fragilité qui augmentent les risques : les jeunes travailleurs, les salariés plus âgés, les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes ou encore les personnes en situation de précarité qui ne peuvent pas récupérer de façon efficace.
- Quelles sont les principales conséquences de ces expositions à la chaleur sur la santé des salariés et sur la sécurité au travail ?
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L'exposition à de fortes chaleurs peut avoir des conséquences importantes sur la santé des travailleurs. Les premiers effets observés sont souvent la déshydratation, la fatigue inhabituelle et l'épuisement. Si l'exposition se prolonge ou si les mesures de prévention sont insuffisantes, le risque de coup de chaleur augmente, ce qui constitue une urgence médicale.
La chaleur agit également sur les capacités cognitives. Elle peut entraîner une baisse de vigilance, des difficultés de concentration et une diminution des réflexes. Ces effets augmentent le risque d'accidents du travail, notamment lors de la conduite d'engins, du travail en hauteur ou de l'utilisation d'outils et de machines.
Au-delà des effets physiques, les fortes chaleurs peuvent favoriser l'irritabilité, altérer les relations de travail et contribuer à une augmentation de l'absentéisme. Elles peuvent aussi avoir un impact sur la productivité de l'entreprise lorsque les conditions de travail deviennent plus difficiles.
- Les fortes chaleurs doivent-elles désormais être considérées comme un risque professionnel à part entière ?
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Oui, les fortes chaleurs constituent aujourd'hui un risque professionnel à part entière. Mais elles ne doivent pas être considérées comme un phénomène isolé. Elles s'inscrivent dans un contexte plus large de changement climatique qui expose les entreprises à des aléas de plus en plus fréquents et intenses : canicules, inondations, tempêtes, incendies, épisodes de grêle, etc.
Face à cette évolution, les entreprises ont tout intérêt à intégrer ces risques dans leur Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Il ne s'agit pas seulement d'identifier les risques existants, mais également d'anticiper l'impact que ces événements peuvent avoir sur les conditions de travail, la santé des salariés et le fonctionnement de l'entreprise.
Cette démarche relève pleinement de la prévention primaire : agir en amont pour réduire les risques avant qu'ils n’impactent la santé des travailleurs et des entreprises. Elle s'inscrit également dans une logique d'adaptation au changement climatique, en aidant les entreprises à mieux se préparer aux évolutions environnementales qui auront un impact croissant sur leur activité (manque de matières premières ou d’énergie, obligation d’adapter les chaînes de production, absentéisme de salariés, turn-over, etc.).
Plus largement, cette réflexion peut être articulée avec la démarche RSE de l'entreprise. Préserver la santé des travailleurs, adapter l'organisation du travail aux nouvelles réalités climatiques, réduire certaines vulnérabilités et s'interroger sur l’impact environnemental de l’activité répondent à un même objectif : préparer l'entreprise aux défis de demain.
- Face à ces risques, les gestes de prévention sont aujourd’hui bien connus. Dans la pratique, lesquels sont réellement les plus efficaces en entreprise ? Les solutions souvent évoquées, comme le décalage des horaires ou la climatisation, permettent-elles de répondre durablement au problème ?
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Les mesures les plus efficaces sont souvent les plus simples lorsqu'elles sont mises en œuvre de manière anticipée et cohérente. Il est essentiel de garantir l'accès régulier à l'eau, à des espaces frais ou ombragés et de prévoir des temps de pause adaptés aux conditions climatiques. L'isolation au chaud et au froid, l’aménagement des espaces de travail, l'amélioration de la ventilation, l'adaptation des tâches ou encore le choix d'équipements de protection adaptés constituent également des leviers importants.
Le décalage des horaires de travail peut permettre de limiter l'exposition aux heures les plus chaudes de la journée. C'est une mesure utile dans certaines situations, mais elle ne constitue pas une solution à long terme si elle a des conséquences sur les temps de repos et l'équilibre de vie des salariés. De la même manière, la climatisation apporte un confort immédiat mais ne peut, à elle seule, répondre durablement aux enjeux liés au changement climatique, notamment dans les îlots de chaleur urbains. L'optimisation ou la limitation des déplacements lorsqu'ils exposent les salariés aux aléas climatiques constitue également une piste à explorer, pour limiter à la fois l’exposition et l’impact environnemental.
La surveillance des salariés et l'attention portée aux premiers signes de fatigue ou de déshydratation restent également essentielles, en particulier pour les personnes les plus exposées ou les plus vulnérables.
- Quels conseils donneriez-vous aux employeurs pour anticiper les vagues de chaleur et autres aléas climatiques (inondations, incendies, tempêtes, grêle, montée des eaux, etc.) ?
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Mon principal conseil serait d'anticiper plutôt que subir. Les vagues de chaleur, mais aussi les inondations, les tempêtes, les feux de végétation ou encore les épisodes de grêle, sont désormais des réalités auxquelles les entreprises doivent se préparer.
Cette anticipation passe d'abord par une évaluation des impacts possibles de ces aléas climatiques sur l'activité de l'entreprise : approvisionnement en matières premières, organisation du travail, fonctionnement des équipements, déplacements professionnels, trajets domicile-travail des salariés ou encore évolution des attentes des clients.
Les entreprises doivent réfléchir aux deux leviers que sont l'adaptation et l'atténuation. L'adaptation consiste à préparer l'entreprise aux conséquences déjà visibles du changement climatique, par exemple en améliorant l'isolation des locaux, en aménageant les espaces de travail ou en adaptant l'organisation aux épisodes climatiques extrêmes. L'atténuation vise quant à elle à limiter notre contribution au changement climatique, notamment via la sobriété énergétique, la promotion des mobilités douces ou encore une réflexion sur l'utilisation d'équipements et d'outils particulièrement énergivores lorsque cela est possible.
Cette réflexion doit s'inscrire dans le cadre du dialogue social et des démarches RSE de l'entreprise. Elle peut conduire à s'interroger sur certaines pratiques, certains modes de déplacement ou encore sur le recours à des technologies fortement consommatrices d'énergie, comme certains usages de l'intelligence artificielle, afin de rechercher le meilleur équilibre entre besoins opérationnels, impact environnemental et santé au travail.
Et si vous faisiez le point sur la préparation de votre entreprise face aux aléas climatiques ?
Pour aider les entreprises à s’emparer des questions d’adaptation au changement climatique, les acteurs bretons de la santé au travail mettent à votre disposition une plaquette d'information ainsi qu'un outil d'autodiagnostic.
Consulter la plaquette d'informationTélécharger l'outil d'autodiagnostic
Connaissez-vous vos obligations en tant qu'employeur ?
Depuis le 1er juillet 2025, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 renforce les obligations des employeurs pour prévenir les risques liés aux épisodes de chaleur intense. En savoir plus




